Au fil de son enquête, une journaliste d’Al Oula parvient à identifier un réseau de vente de nourrissons à Casablanca. Des bébés nés sous X sont vendus à des couples stériles, documents officiels falsifiés en prime.
Ahurissant ! Des petits êtres humains, de petits corps fragiles sans protection, des petites âmes innocentes qui, à peine mis au monde, sont vendus comme une marchandise, au premier venu et à celui qui est prêt à miser plus.
Rappel des faits. C’est par pur hasard que Hanane Hachimi, journaliste pour le compte du magazine d’investigation « 45 minutes« , surprend deux dames évoquant la possibilité d’adopter frauduleusement un enfant. Elle décide alors de mener l’enquête afin d’explorer ce business qui dure depuis 8 années.
Obstinée à coincer cette bande de malfaiteurs, la journaliste et un confrère parcourent, pendant des semaines, les sombres couloirs de la maternité des villes de Casablanca et de Mohammedia à la recherche de la moindre piste. Leur patience et leur jusqu’au-boutisme ont rapidement été récompensés, et une rabatteuse est venue les aborder dans une maternité casablancaise.
Ladite rabatteuse n’est autre qu’une infirmière qui travaille pour le compte d’une dénommée Lhajja, ancienne sage femme. Notre journaliste se fait donc passer pour une jeune femme stérile à la recherche d’un enfant et obtient rapidement gain de cause. Piégée, la rabatteuse lui arrange rapidement un rendez-vous avec Lhajja qui, elle, se chargera de faire la « commande ». Durant l’entrevue, l’ex-sage-femme réclame la somme de 12 000 dirhams en échange d’un nourrisson.
Un prix qui sera triplé ensuite, frais d’accouchement et commissions de falsification de papiers officiels obligent. Ce sont trois membres du réseau qui se chargeront de la tâche susmentionnée. Tous travaillent dans le même arrondissement : un administrateur au service d’état civil, un agent des forces auxiliaires et un agent d’auxiliaire d’autorité.
A ce stade, Hanane Hachimie décide d’aviser les autorités qui se chargeront de coincer le réseau. Elle change son rôle et prétend être l’intermédiaire d’une bourgeoise casablancaise qui n’est autre qu’un agent de police. L’éventuelle « client » arrive au lieu de résidence de l’ex sage-femme au bord d’un véhicule 4/4. Lhajja et ses complices, aveuglés par l’illusion, ne se doutent de rien. Le flagrant délit avéré, les forces de l’ordre font irruption et arrêtent le groupe de malfaiteurs.
Au moment de la rédaction de ces lignes, la poursuite judiciaire est encore en cours. Lhajja et ses complices sont poursuivis pour trafic et vente de bébés, falsification de documents officiels et usurpation d’identité. Ils pourront écoper jusqu’à 5 années de prisons ferme. Lhajja, quant à elle, risque une peine plus lourde pour récidive car elle aurait déjà été condamnée dans une affaire semblable en 1987.
Qu’adviendra t-il des parents « adoptifs » ?
Avant de répondre à cette question, il est opportun de se pencher sur les causes ayant amené ces personnes à entreprendre une telle démarche. S’agissait-t-il d’un besoin pressant tendant à combler un vide affectif que ces personnes voulait satisfaire afin d’assurer la continuité d’un couple qui n’arrive pas à procréer ? Ou s’agissait-t-il d’une simple volonté de satisfaire une visée planifiée qui occulte un dysfonctionnement psychologique chez le ou les personnes adoptives ? Toutes ces questions et peut-être d’autres que seule la justice est en mesure de poser et d y trouver réponse.
« En cas d’identification des personnes ayant précédemment acheté un enfant, elle pourraient être punies de 2 à 10 ans de prison et d’une amende de 5000 à millions de dirhams en vertu de l’article 467* du Code pénal marocain. Les accusés pourraient également être privés des enfants acquis comme le stipule l’article 26* du même code », précise Maitre Hafida Masnaoui, avocate au barreau de Rabat.
En tenant compte de l’amplitude du phénomène grandissant des enfants abandonnés et du surpeuplement des orphelinats, sans parler des enfants de la rue ou encore des délinquants qui hantent notre tranquillité et menacent la sécurité publique, n’est-t-il pas favorable de reconsidérer la chose sous d’autres angles plus humanisés ? Mais, considérant aussi les réseaux de trafic d’enfants à but lucratif (prostitution, vente d’organes, emploi dans des filières criminelles ou de trafic de drogue, servantes corvéables à merci, boys ou berger dans les contrées retranchées etc.), il parait nécessaire que la justice sévisse pour éradiquer ce phénomène, ou moins, en réduire la pratique…
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11 mars 2010
International